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Christophe Delavergne - Université de Bordeaux

STAPS (Histoire) - En cours

Analyse systémique des conditions de diffusion des politiques publiques dans les institutions éducatives Le cas du travail collaboratif dans l’enseignement secondaire

Mickey

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Depuis la fin des années 1980 et les premiers mouvements des politiques de décentralisation en éducation, le travail collaboratif des enseignants (ci-après « TCE ») est régulièrement convoqué dans les différents textes institutionnels (Lois d’Orientation, Référentiels de compétences des enseignants, Circulaires de rentrée, etc.), au point de devenir un élément clé des grandes directives institutionnelles (Dupriez, 2010). Dans la continuité des nouvelles modalités de gestion de l’action publique (à propos du new public management : Peters, 2014), il n'est d’ailleurs pas surprenant de retrouver cette injonction à « travailler en équipe » dans de nombreux autres secteurs (secteurs universitaire, hospitalier, etc.). En éducation, le travail en équipe est considéré comme un médiateur entre le cadre institutionnel élaboré au niveau national et les spécificités locales des contextes d’enseignement.

Le TCE, devenu un objet de recherche important (Lefeuvre et Dumay, 2016), semble toujours autant d’actualité. Et pour cause : s’il est largement inscrit dans le projet politique et relativement plébiscité dans le discours et les représentations des professeurs dans l’enseignement secondaire, il est en revanche plus difficilement observable dans leur activité quotidienne (e.g. Barrère, 2002). L’objectif central de ce travail doctoral est alors de comprendre ce qui fonde la grande variabilité des conditions de réception de l'injonction au TCE, notamment dans les manières différenciées des enseignants d'investir les pratiques collaboratives.

D’ailleurs, de manière générale, le constat selon lequel les politiques atterrissent plutôt mal sur le terrain des pratiques est récurrent dans la littérature (e.g. Lascoumes et Le Galès, 2014) et justifie l’intérêt pour une analyse novatrice des rapports entre politique et pratiques. Nous proposons dans cette perspective de concevoir une modélisation systémique des conditions de diffusion et d'appropriation des politiques publiques dans les institutions éducatives qui prennent en compte les différentes « logiques pratiques » propres à chacune des sphères du processus (politiques, administratives et enseignantes) ainsi que leurs interrelations.

D’un point de vue scientifique, la construction d’un tel modèle pourrait contribuer de manière heuristique à l’étude de l’interface entre les injonctions institutionnelles – constitutives des modèles éducatifs « top-down » – et la pratique effective des enseignants dans les établissements scolaires. Cette approche systémique d’analyse vise en effet à clarifier les rapports entre prescription et pratiques en spécifiant les interactions (points de convergence, de divergence, d’interdépendance, etc.), en termes de logiques pratiques, entre les acteurs impliqués dans les différentes sphères (décideurs politiques, cadres de l’encadrement, enseignants).

Sur le plan praxéologique, les résultats de cette thèse pourraient également permettre d’envisager le changement au sein des instances éducatives à partir d’une réflexion plus globale, prenant en compte les acteurs et leur culture. En effet, en examinant les effets réels du travail collaboratif sur l’évolution des pratiques et/ou des croyances enseignantes, ce travail pourrait ainsi initier des réflexions plus prospectives à propos des conditions d’émergence de structures intermédiaires de régulation collective des pratiques professionnelles.

Mise à jour le 29 août 2019